[Recommençant cette note pour la 5ème fois, j’ai décidé d’y aller un peu plus au feeling quitte à ce que ça soit un beau bordel ! ^o^
Du coup je ne parle pas spécifiquement du choc des cultures mais de la culture japonaise en général et de la façon dont je l’ai perçue]

 

Suite au petit sondage effectué sur la page Facebook de mon aventure( ICI ) , vous avez décidé que le premier des nombreux sujets que je souhaite aborder ici serait « Les différences culturelles, les rencontres avec les Japonais ».

Déjà la petite mise au point habituelle mais nécessaire surtout sur ce sujet :  ça me paraît hyper évident mais ce qui suit parle de ma propre expérience, de mon aventure et de mon ressenti personnel donc ne faîtes pas de généralités 😉
Il y aura toujours des gens pour placer un « mais ça ne passe pas du touuuut comme ça » ou « les Japonais sont ceci, les Japonais sont cela » : alors, première nouvelle de ouf : les Japonais sont des êtres humains comme les autres (des fois on doute, je sais…) et donc sont différents les uns des autres ! Donc il y aura toujours des contre-exemples à ce que je pourrais vous dire ! 😉
Sans compter le fait que, connaissant un peu déjà le Japon, je n’ai pas été surprise de la même façon que quelqu’un qui ne connaîtrait pas du tout mais plus surprise que quelqu’un y étant déjà allé etc.

*Honne et Tatemae*

Abordons déjà quelques points clés afin de mieux comprendre pourquoi la façon d’agir et de penser des Japonais nous semble aux antipodes de la nôtre : 本音 Honne ( ce qu’on pense vraiment, les vrais sentiments) et 建前 Tatemae (la façade, ce qu’on montre aux autres) sont deux notions importantes à connaître.
Dans de nombreuses situations, les Japonais ne vont absolument pas dire ce qu’ils pensent, même entre amis. C’est ainsi qu’ils ont été élevés, afin de ne pas faire de remous et surtout de ne pas remettre en cause l’ordre établi. Il faut bien penser à tout cela en gardant à l’esprit que nous parlons d’une nation insulaire, fermée pendant très longtemps et qui a toujours gardé cette idée de ne pas remettre en question la société, l’ordre, la hiérarchie. Comme pour tout, cela présente des avantages et des inconvénients.

A mes yeux, d’une façon globale, c’est merveilleux : quand vous êtes dans les transports, dans la rue, dans les magasins etc, chacun fait partie d’un tout, d’une machine bien huilée et cela participe grandement au sentiment de sécurité absolument unique que j’ai pu ressentir ici.
A côté de ça, si vous ne faites pas partie de cette machine (généralement que vous êtes étranger), il vous arrivera d’être complètement mis à part, de subir la xénophobie de certains Japonais etc.

Ce qui me gêne le plus c’est plutôt l’aspect vie privée. Même entre amis, entre amis proches, le Tatemae est souvent encore de mise. Eviter le conflit, ne pas mettre une mauvaise ambiance, ne pas vexer l’autre : autant de raisons qui font que vous pourrez maintenir une relation très agréable avec des amis japonais mais ne pourrez pas compter sur leur franchise ou autre de ce genre. Il m’est arrivé de nombreuses fois de discuter avec des amies expatriées et de tomber en accord sur le fait que nous n’aurons jamais de véritables amis japonais, pas dans le sens où l’on peut l’entendre en France du moins.

本音 Il choisit de retirer son masque de façade pour afficher ses vrais sentiments... (image d'un manuel)

本音 Il choisit de retirer son masque de façade pour afficher ses vrais sentiments… (image d’un manuel)

Bref, ces petites notions de base permettent de mieux comprendre l’ensemble des relations ici mais également les oeuvres artistiques qui sortent d’ici avec des héros marginaux qui remettent en cause l’ordre établi ou à l’inverse des héros qui sacrifient leurs sentiments personnels pour l’honneur ou la sauvegarde de la famille ou de la société…

*La politesse*

Je suis quelqu’un de super à cheval sur la politesse. On m’a d’ailleurs souvent fait la remarque en France que j’étais même limite chiante avec : je dis tout le temps merci (trop, ça devient louche il paraît), je m’excuse toutes les 10 secondes d’exister, je suis capable de manger un plat que je n’aime pas ou qui va à l’encontre de mes convictions quand on me l’offre, je peux vous détester en quelques minutes si vous êtes impoli, etc. Bref, une véritable Monk de la courbette !
Du coup, ici,en ce qui concerne la politesse, je suis sincèrement au pa-ra-dis !  Enfin, il paraît que même ici, j’en fais encore trop !

 

FaceQ1492082712834

すみません (sumimasen) est LE mot à connaître ici : sorte de « excusez-moi », vous pouvez vous en servir pour appeler un serveur, engager la conversation avec un vendeur ou quelqu’un dans la rue ou bien vous excuser d’avoir gêné quelqu’un (même si d’autres expressions sont mieux appropriées selon chaque situation). Parfois, on vous le sortira pour finalement vous faire comprendre que c’est vous qui gênez et c’est là toute la subtilité parfois déconcertante voire carrément chiante de la politesse à l’extrême. Un exemple ? Si vous prenez trop de place dans les transports et que quelqu’un vous sort un beau « Sumimasen » en se mettant à côté de vous, il voudra peut-être juste vous faire comprendre que ce serait une bonne idée de faire gaffe à vos affaires et de ne pas gêner les autres usagers :p

Je connaissais déjà également le fait de devoir refuser une première fois les propositions d’aide ou de services qu’on vous fait et ai pu l’expérimenter avec certains de mes collègues : si vous souhaitez vraiment aider la personne ou lui rendre tel service, proposez toujours 2 fois car il est plus poli de d’abord refuser !

Là encore, selon la hiérarchie, si vous connaissez ou non la personne etc, les formules sont toutes différentes et il m’est arrivé de me tromper très souvent ! Saluer ou m’excuser de façon familière quelqu’un dans le métro, répéter la même chose que la personne en face alors que ça n’était pas du tout adapté etc : en général, les erreurs des gaijin (vient de 外国人 gaikokujin : étrangers, qui ne sont pas Japonais) font plutôt sourire les Japonais !

Je pense d’ailleurs vous écrire toute une note de blog avec les petits indispensables du vocabulaire et du savoir vivre quand on se rend au Japon, le petit truc de base quoi 😉

*Entre tradition rigide et modernité frivole*

Ce qui marque souvent au Japon, ce sont les extrêmes.
En particulier en ce qui concerne les relations amoureuses et la famille…
Une personne rencontrée ici, avec qui j’ai pu parler de sa situation familiale, m’a par exemple expliqué que sa famille (très conservatrice) voulait organiser un mariage arrangé pour elle car elle approchait la trentaine sans être mariée ! A moins de clasher avec sa famille entière, elle serait obligée de respecter cette décision parentale extrême… faite en 2017 (le bien général de la famille, toussa toussa….)

A côté de ça, les clubs d’host et d’hostesses se trouvent très facilement et vont du simple club où les clients vont être poussés à la consommation tout en profitant de la conversation et de la compagnie de beaux jeunes hommes ou belles jeunes femmes, au club glauque où le contact est autorisé et la prostitution (à l’extérieur du club) fortement encouragée. N’imaginez pas seulement un endroit où des personnes célibataires désespérées s’y rendent : vous pourrez aussi y trouver des amis, des hommes d’affaires continuant la réunion de boulot ou des filles complètement accros à un host précis  !

Vous trouverez également des love hotels un peu partout : vous pouvez payer pour une heure ou pour la nuit, choisir une chambre à thème et rester complètement anonyme (vous ne verrez même pas la personne de l’accueil). Se côtoient sans le savoir, dans les dédales du love hotel, de jeunes couples ne pouvant se retrouver chez l’un ou chez l’autre, de la prostitution, des adultérins et des curieux (car il paraît que certains love hotels valent le détour :p ).

Exemple d'un Love Hotel atypique (Paste Magazine)

Exemple d’un Love Hotel à thème (pic from Paste Magazine)

Si tu vois ça à l'entrée, c'est un Love Hotel ! (jamais vu d'aussi bas prix)

Si tu vois ça à l’entrée, c’est un Love Hotel ! (jamais vu d’aussi bas prix)

 

*Les omiyage*

Même en France, il est très commun de rapporter des petits cadeaux à vos proches lorsque vous partez en voyage, mais ici les お土産 Omiyage c’est une véritable religion ! Impossible de ne rien ramener lors de vos voyages et surtout au travail, aux amis, à la famille : tout le monde attend votre retour pour avoir son omiyage ! :p
Une de mes colocs/collègues est particulièrement contente quand je pars et tout en me souhaitant bon voyage, n’oublie pas de me dire avec des yeux qui pétillent de ne pas oublier son omiyage ! xD

En particulier pour le travail, il s’agit généralement d’une confiserie ou pâtisserie typique de l’endroit où vous êtes allés : des magasins spécialisés en omiyage se trouvent dans tous les grands lieux touristiques du Japon (pas d’excuse)…
Au départ, je trouvais la notion d’obligation très désagréable mais dans les faits, vu que tout le monde joue le jeu, j’ai trouvé ça en fait très amusant et tout le monde était super excité de partager les omiyage reçus par untel de tel endroit !
C’est une jolie façon de voyager à travers les autres et découvrir les spécialités d’endroits où vous n’êtes pas vous-même allés 😉

Omiyage de Nara (pic by Wikicommon)

Omiyage de Nara (pic by Wikicommon)

Omiyage célèbre d'Okinawa, àa la patate douce violette d'Okinawa : la benimo

Omiyage célèbre d’Okinawa, àa la patate douce violette d’Okinawa : la benimo

*L’administration*

C’est le dernier point que je souhaite aborder avec vous dans cette première partie.
Pour les démarches liées à mon visa (que j’expliciterai dans une note « pro » dédiée à ce sujet), j’ai pu expérimenter l’administration japonaise pendant de longues heures…
Vous adorerez leur qualité de service mais en dehors de ça, c’est la folie assurée.
On peut d’ailleurs retrouver certaines similitudes avec l’administration française, histoire de palier à son mal du pays !

J’ai testé différents services, dans des grandes et une petite ville, un gros point commun : ils sont lents. Mais alors, vraiment, vraiment lents.
Ce qui m’a le plus choquée et que je peux aussi mettre en comparaison avec les travaux de voirie ? Ils utilisent du matériel obsolète !
Le Japon, pays à la point de la technologie, aux pubs avec écrans géants dans certains quartiers et des toilettes futuristes dans la plupart des endroits; niveau administration, le fax et les formulaires papier sont les rois ! Les ordinateurs sont des vieux PC sur le point de rendre l’âme et quand ils doivent appeler une autre mairie, ils regardent le numéro dans l’annuaire… J’ai eu l’impression de revenir dans les années 90 version nippone.
Lorsque est arrivé le moment tant redouté par l’agente de devoir se servir de sa tablette pour appeler un traducteur (là-dessus, chapeau bas par contre), ce fût toute une aventure !
Pour m’inscrire au service de sécurité sociale, il m’aura fallu 2h30 (et seulement pour le premier rendez-vous)…

Par contre rien à redire sur le dévouement du personnel : ça se voyait qu’ils n’en pouvaient plus de ma tronche et avaient hâte que je me barre de leur bureau mais ils se sont quand même occupés de moi même après la fermeture officielle de leur bureau !

Ma mairie <3 (pic on Foursquare)

Ma mairie <3 (pic from Foursquare)

Un petit aperçu de l'intérieur (pic from foursquare)

Un petit aperçu de l’intérieur (pic from foursquare)

 

C’est tout pour aujourd’hui mais je vous dis à très vite pour d’autres articles (et la suite de celui-ci) :p