J’ai commencé une note (beaucoup trop longue) sur le choc des cultures mais je vais finalement d’abord publier celle-ci.
Elle me tient particulièrement à coeur et j’ai grandement hésité avant de l’écrire et surtout avant de la publier.
Elle ne part pas d’une note très joyeuse mais jouit d’un happy fighting à la fin :p

Il y a une semaine, je me suis faite tatouer sur la cuisse gauche.
J’en profite d’ailleurs pour faire de la pub à ma tatoueuse, la talentueuse Hachi (son Facebook) dont je passais sous les aiguilles pour la seconde fois et qui fait un travail d’enfer en plus d’être une personne en or ! N’hésitez pas à aller faire un tour sur sa page, la liker et la partager 😉

Le tatouage en lui-même s’est très bien passé, on a pris notre temps, on a passé la majeure partie de la journée ensemble dans son nouveau salon situé près de Nakano (sur Tôkyô donc) avec son apprentie (toute aussi géniale) sur fond de RuPaul. Programme parfait !

N'hésitez pas à aller faire un tour sur sa page et à son nouveau shop Artémis :)

N’hésitez pas à aller faire un tour sur sa page et à son nouveau shop Artémis :)

Je n’ai vraiment pas pour habitude d’expliquer mes tatouages, d’expliquer leur symbolique pour moi, je ne le fais quasiment jamais ou choisi de résumer leur signification pour à la fois satisfaire la curiosité des gens et garder pour moi leur symbolique.
Mais celle-ci, j’ai décidé de la partager parce que j’ai pris le parti de tout raconter de ce voyage (si tant est que je fasse mes putains de notes de blog !), y compris les mauvaises passes.

Je vais m’ouvrir complètement dans cette note et ne vais me justifier qu’une seule fois et c’est maintenant : ce qui suit relate mon expérience, mon propre ressenti. S’il y a bien une chose que j’ai apprise pendant ce voyage c’est de trouver un magnifique consensus entre respecter les autres dans leurs différences tout en assumant fièrement les miennes, respecter qu’il y ait toujours plusieurs versions d’un même évènement et plusieurs vérités.

 

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Ça, c’est ma tête de diplomate

 

Quand je suis arrivée au Japon, je ne savais pas trop dans quel état d’esprit j’étais. J’avais quitté mon conjoint de longue date plusieurs mois auparavant, notre histoire d’amour arrivait véritablement à sa fin et même si on continuait de se respecter avec affection, cela ne suffisait plus. La décision fut difficile mais je la vois salvatrice pour nous deux. Je partais donc pour un pays étranger, situé loin de la France et dans lequel je n’étais jamais allée. Je laissais mes affaires chez mon ex, des dettes envers lui et la tête plein d’un espoir fou de trouver ce quelque chose qui me manquait en France.
Je suis partie en laissant la fin d’une certaine vie en pause parce que c’était ma dernière année possible pour faire un PVT au Japon et je la voyais comme salutaire, nécessaire, je SAVAIS qu’il FALLAIT que je parte.
J’ai pu partir grâce au soutien moral et financier de mes amis, de bienfaiteurs, de mon ex et de mon boulot en intérim.

Pour ce qui était du programme : j’allais passer 4 jours sur Tôkyô seule et rejoindre une amie proche sur Kyôto pour 2 mois et demi. Elle était installée là-bas depuis plusieurs mois et m’avait aidée dans toutes mes démarches. Je me faisais une joie de la retrouver là-bas, de vivre à la fois cette aventure avec elle et de pouvoir la vivre aussi par moi-même.
Disons pour faire court que tout ne s’est pas vraiment passé comme prévu sur beaucoup de plans.
Je me suis retrouvée face à un mélange de sentiments particuliers, à faire le deuil de mon ancienne relation amoureuse à des milliers de km de là où je l’avais vécue, à me sentir plus seule que jamais alors que vivant dans une colocation avec toujours du monde à voir, toujours des sorties et toujours du travail à faire.
J’ai vécu de beaux moments, fait de merveilleuses rencontres amicales, dépensé beaucoup d’argent pour compenser beaucoup de choses mais je n’arrivais pas à trouver ma place.
Je ne peux pas tout décrire sur mes sentiments à ce propos car je ne suis pas la seule concernée mais tout ceci combiné m’a amené à tomber dans une forte phase de dépression, courte mais extrêmement intense.

Et tout ceci m’amène à ce jour de janvier où j’avais accumulé un trop-plein de négatif, une saturation de mal-être.
Je n’avais plus beaucoup d’argent, je pensais devoir bientôt rentrer en France, je ne savais pas comment faire pour parler à qui que ce soit  et on déménageait, mon amie et moi, pour un coin paumé (mais magnifique) près de Tôkyô.

C’est là que j’ai décidé de me rendre pour ce que je pensais être une dernière fois à mon endroit préféré au monde :  Fushimi Inari.

 

Fushimi Inari, ce jour-là

Ce n’est pas tant la beauté factuelle du lieu que son ambiance qui fait de cet endroit un endroit unique en son genre à mes yeux.
J’ai par exemple une relation spéciale avec la ville de Kyôto que je déteste autant que je l’adore ( je reviendrai dessus sur une autre note ) mais Fushimi Inari, je savais déjà que j’adorerais avant d’y mettre les pieds ! Je ne savais juste pas à quel point et comment cet endroit allait me redonner envie de vivre.

Quand j’y suis allée ce jour-là, j’étais au plus mal, mal comme je ne l’avais pas été depuis des décennies et je pensais juste rester là, me poser dans un coin et attendre jusqu’à la fin. Je m’imaginais comment revenir ici avant de ne plus avoir assez de sous et comment finir ici.
C’était impossible pour moi de décevoir les gens qui m’avaient aidée à venir en revenant si tôt ou surtout en leur montrant que j’allais mal alors que je vivais le rêve que la plupart d’entre eux avait…
L’omikuji (sorte de divination, présage que l’on tire dans les sanctuaires et les temples) reçu lors de l’hatsumôde (première visite au temple ou au sanctuaire le 1er janvier) avait beau m’avoir prédit de belles choses à venir cette année et surtout une rencontre amoureuse importante avec une personne qu’on me présenterait, je ne croyais pas à un mieux et j’avais juste tout simplement arrêté de me battre.

 

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J’ai passé plusieures heures dans Fushimi Inari ce jour-là, la neige s’était remise à tomber, mes larmes coulaient et la nuit arrivait gentiment. Il n’y avait quasiment personne là où j’étais et je pouvais enfin lâcher ce qui me pesait.
Au détour d’un chemin (il y a énormément de chemins possibles autour du sanctuaire principal qui est entouré de plein de petits sanctuaires), il m’est arrivé comme une « révélation »(c’est pas l’épiphanie hein mais je trouve pas d’autres termes :p ).
J’ai trouvé un camélia blanc au sol, près d’une statue de grenouille portant des petites grenouilles et cet endroit, cet instant, tout, absolument tout m’a rempli d’espoir.
J’ai bien conscience que tout ceci peut paraître abstrait, voire complètement con, mais c’est comme si je voyais les choses avec une nouvelle perspective. Ce camélia si blanc, si beau, si pur qui était tombé au sol, sur lequel on avait marché et qui gardait pourtant une belle forme de pureté. Il gardait toujours sa nature propre, peu importe ce par quoi il était passé. Et cette grenouille bienveillante qui semblait juste me dire que tout se passerait bien à partir du moment où je commencerai à agir, à prendre les choses en main, à pendre en main mon voyage.
J’ai pris en photo mes bienfaiteurs, embarqué le camélia et j’ai décidé de prendre en main la suite.

 

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Quelques jours après, la prédiction de mon omikuji s’est réalisée et je déménageais en mars sur Tôkyô.
Tout n’est pas devenu rose d’un coup mais ma vision des choses a totalement changé. Je ne resterai plus jamais à terre et je continuerai d’arborer fièrement qui je suis, peu importe ce qui se passe. Moi seule peux décider et me relever encore et encore.

C’est ce que représente mon tatouage.

Pour la petite traduction « nana korobi yaoki » : 7 fois à terre, 8 fois debout.

 

Pic by Hachi

Pic by Hachi